Automne Messiaen






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Lettre de Kent Nagano

Chers mélomanes, chers amis,

Lorsque les responsables de l’Automne Messiaen m’ont demandé d’être leur patron d’honneur, je fus profondément honoré car ma relation avec Maître Olivier Messiaen et sa musique est à la fois professionnelle et personnelle, et remonte aux premiers jours de ma formation musicale. Reconnu comme l’un des compositeurs, pédagogues et penseurs les plus importants des dernières années, Messiaen peut être considéré comme une des figures de proue de la musique au 20e siècle – et aujourd’hui. Jeune étudiant de composition et de piano en Californie, je baignais, comme plusieurs nagano/messiaende mes collègues, dans sa musique, sa syntaxe compositionnelle novatrice et son esthétique. Parmi ma classe, ses œuvres pour piano étaient considérées comme essentielles. L’intégralité de ses œuvres symphoniques fut jouée alors que, jeune chef d’orchestre, je signais mes deux premières saisons à la tête du Berkeley Symphony. Je dois également ma découverte de l’Europe à Maître Messiaen. Quelques années plus tard, alors que nous avions déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises, il m’invita à vivre et étudier avec lui et sa femme, la pianiste Yvonne Loriod, pendant un an, et ensuite à faire mes débuts à l’Opéra de Paris et à collaborer avec Maestro Seiji Ozawa, lequel allait devenir mon professeur, lors de la création de son opéra Saint-François d’Assise. Cette découverte de Paris et de la culture européenne m’a permis d’amorcer, sous sa tutelle, un remarquable voyage créatif de près de deux décennies, d’entrer en contact avec des figures de proue de la musique, du théâtre, du ballet et de la littérature en France et en Allemagne. Ces rencontres nourrissent encore aujourd’hui ma réflexion esthétique. En décembre de cette année, l’Orchestre symphonique de Montréal donnera, sous ma direction, les premières représentations canadiennes de son monumental opéra Saint-François d’Assise. Ainsi, nous honorons aujourd’hui sa mémoire et son immense héritage. Je salue les efforts de Louise Bessette, ceux de Gilles Tremblay et de leurs partenaires dans la mise sur pied de l’Automne Messiaen, et j’espère que vous serez nombreux à vous joindre à moi pour cette contemplation et célébration d’un des grands maîtres de la musique de notre époque.

Lettre de Gilles Tremblay


Le 10 décembre 1908 naissait Olivier Messiaen à Avignon, fils de Pierre Messiaen, traducteur de Shakespeare et de la poétesse Cécile Sauvage. Ces cent ans sont plus qu’un anniversaire, ils sont l’occasion de célébrer une pensée vivante par sa modernité, sa poésie, son universalité, sa spiritualité célébrant l’amour humain (Turangalîla) et l’amour divin (Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus, Trois petites liturgies de la présence divine, son opéra Saint-François d’Assise), sa théologie, notamment dans l’œuvre pour orgue (de La Nativité du Seigneur à sa dernière grande œuvre pour cet instrument, Le Livre du Saint-Sacrement) mais aussi dans l’œuvre pour orchestre (Couleurs de la Cité céleste, Et expecto resurrectionem mortuorum, La Transfiguration… Etc…). Messiaen a pratiqué des modes à transpositions limitées et des rythmes non rétrogradables, qu’il a poétiquementtremblay/messiaen nommés le « charme des impossibilités ». Pour renouveler son langage, il s’est mis à l’écoute de ses « maîtres les oiseaux » dont il a noté des centaines de chants, utilisés dans un très grand nombre d’œuvres dont le Catalogue d’oiseaux, Le Réveil des oiseaux, Oiseaux exotiques, constituent des point culminants. Cet Automne Messiaen nous donnera l’occasion de toucher aux grands axes de son œuvre dont le projet le l’intégrale pour orgue avec plusieurs organistes à la Basilique Notre-Dame de Montréal, à l’initiative de Pierre Grandmaison, qui y est titulaire. Pendant cette année Messiaen, Kent Nagano dirigera l’opéra Saint-François d’Assise. On se souvient que, symboliquement il avait inauguré sa présence comme directeur artistique de l’OSM avec Éclairs sur l’Au-delà. De son côté, la SMCQ avec Walter Boudreau, projette de monter Des Canyons aux Étoiles. Tous les musiciens et les institutions sont invités à participer à cet automne anniversaire. On retrouvera au fur et à mesure le programme définitif sur ce site. Enfin Louise Bessette, merveilleuse interprète des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus, a été à l’origine de cette initiative : « Je vois cet automne comme une grande fête », m’a-t-elle dit. Ce mot « fête » est juste car la joie (Regard de l’Esprit de joie, Joie du sang des étoiles), malgré la conscience du tragique de notre temps, reste une des caractéristiques de son œuvre. Son enseignement a marqué une grande partie des meilleurs compositeurs de notre temps. Fait de rigueur et de poésie, d’esprit critique, il n’était jamais tributaire de l’esprit de système. Il en a laissé une trace marquante dans un ouvrage posthume transmis par son épouse, la pianiste Yvonne Loriod et dont le titre est révélateur : Traité de rythme, de couleur, et d’ornithologie ( Éd. Alphonse Leduc, Paris.) Le musicien savait s’émerveiller, à l’instar du poète. C’est à cet émerveillement que l’Automne Messiaen nous convie. Nécessité de notre époque : du désenchantement au réenchantement. Lumière.

Gilles Tremblay,
Le quatre janvier 2008.

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